Rester

Volage, nomade ; fougueuse, curieuse et souvent… terrorisée à la simple idée de me poser et de rester. Ça me décrit assez bien. Ou devrais-je dire ça me décrivait plutôt bien jusqu’à récemment.

J’ai pris mon sac il y a 8 ans et je suis partie. Comme ça. Tout bonnement. Je venais de terminer ma formation en enseignement du yoga et … je sentais que c’était un bon moment pour partir ailleurs voir si j’y étais.

‘’Enseignes là où tu iras… Enseignes partout où tu iras’’. Ces mots au départ m’ont juste pénétré, mais aujourd’hui ils résonnent avec tant de sens, de sagesse.

J’ai compris récemment que j’appartiens à un groupe d’âmes qui bougent, un groupe d’âmes en mouvement constant. Etrangement, au sein du noyau familial, je suis ce qu’on appelle une âme stabilisatrice. Je me surprends moi-même à chaque fois, de constater combien la vie a de l’humour ! Moi qui bouge sans cesse, ces mouvements incessants sont là pour jouer un rôle stabilisant… Quel dualisme, quelle utopie !  Nous avons tous un rôle, une mission à accomplir sur terre. J’ai souvent bougé avec un élan interne suprême. Comme si… une force plus grande que moi, me poussait à aller de l’avant, à partir dans telle ou telle directions. Je me laissais guider, sans trop me poser de question. J’écoutais la petite voix….

Et puis… ce mouvement s’est installé au fil du temps et une tendance à partir presque spontanément est née. Ce qui n’est pas mal en soit, c’est juste comme ça ! Certains voyaient cela comme une fuite (je dois avouer que ce fut le cas à quelques reprises, mais encore une fois, ce n’est ni bien ni mal ; c’est juste comme ça !). On me disait que c’était une énergie beaucoup trop Yang (dite masculine) et que pour retrouver mon équilibre vital, je devais défaire ma valise et me poser à quelque part, prendre racine et construire (plutôt Yin, dit, féminin). J’ai longtemps buté contre cette idée. Elle me frustrait, me déprimait… Inconsciemment, c’était en quelque sorte, un refus d’incarnation.

Je suis resté longtemps en France, dans les Alpes. Plus précisément à l’Alpe d’Huez. Cet endroit, j’y ai vécu des moments que je n’oublierai jamais, mais voilà… C’était avant. Ca fera toujours partie de moi, de qui je suis. Une partie de moi vit encore là-bas et une part de ces montagnes, de ces sommets enneigés et des visages des êtres chers côtoyer m’habitera toujours. Je crois dur comme fer, que partout où l’on passe, partout où l’on croise d’autres regards, d’autres styles de vie, partout… On laisse une trace. Et à chaque nouvel endroit que l’on visite, que l’on découvre, on va aussi à la rencontre de soi-même. Tout comme l’autre devant nous est un miroir qui nous renvoie ce avec quoi on a du mal dans notre propre vie, les lieux visités sont absolument rempli de sens et de symbole.

3 mois et 2 jours.

Que je suis rentré au Québec. Que j’ai quitté les Alpes.

95 jours plus précisément.

Je suis rentré avec un regard neuf. Je suis rentré le cœur remplie d’un amour nouveau, celui d’une mère pour son enfant. J’ai emprunté les lunettes d’un inconnu venue d’ailleurs pour fouler cette terre que je croyais connaître par cœur ; alors qu’en réalité c’était faux… Je ne connais pas ce pays, cette province que j’ai appris à oublier, à mettre de côté, à enfouir au fond de mes tripes avec son lot de doutes, de peurs et d’insécurités. On peut apprendre à oublier, mais… quand on oublie, qu’on terre au fond de soi sa patrie, ses racines ; on ne guérie rien. On met un pansement.

Je ne suis pas partie sans raison. Il y avait plusieurs choses qui me déplaisaient ici au Québec, dans ma famille et mes relations. J’ai souffert, j’ai frappé des murs, mais… ça fait partie de la vie. Et le Québec n’était pas responsable, j’étais responsable et je le suis encore. Nous sommes toujours responsables de ce qui nous arrive. La vie est une suite de choix et de décisions… qui engendrent des conséquences et des résultats. Vous serez peut-être d’une toute autre opinion, mais si vous êtes honnêtes avec vous-même, vous saurez que… c’est la vérité. Tout revient toujours au concept de confort… Ce besoin viscéral inconscient du confort trop souvent inconfortable qu’on a du mal à transcender, à dépasser.

Quoiqu’il en soit, peu importe ce que j’ai vécu et traversé, je suis ici. Je ne sais pas pour combien de temps, mais, ce qui compte, c’est que pendant qu’on est là ma fille et moi, j’ai envie de construire quelque chose de beau, quelque chose de vrai. J’ai envie de profiter de ces  paysages inconnus, j’ai envie de voir ce pays, de goûter à ce qu’il a à offrir. J’ai surtout envie de prendre le temps de vivre. D’apprécier la routine, le quotidien, d’échanger avec ceux qui sont mis sur ma route. De regarder ma fille grandir pendant que je m’efforce de vivre pleinement, une seconde à la fois.

Ce cadre, cette façon de vivre qui ne colle pas à ma peau, à mes veines et à ma chair, c’est un mode de vie d’ignorance, de surconsommation et d’aliénation. Rester pour la peur, rester pour ne pas manquer, rester… pour les mauvaises raisons. Que ce soit dans une relation, dans un emploi, dans un appartement ou dans un pays… c’est du pareil au même. Que je sois ici ou ailleurs, ce mode de vie est révolu et n’appartient pas à qui je suis et à ce que je souhaite transmettre. Et faire semblant, faire ‘’comme si’’ ne vibre tout simplement plus avec moi. Revenir pour faire face, revenir pour Mila-Jeanne et moi. Voir qui je peux être ici, revenir pour dire ma vérité, pour la vivre… Assumer pleinement qui je suis et en être fière. Et partager, partager, partager. Aller vers l’extérieur, à la rencontre de. Comme je l’ai toujours fais, certes, mais avec davantage de conscience et plus de bienveillance, envers moi surtout. J’ai toujours pris soin des autres, j’ai toujours pensé à tort que tous le monde était gentil et bienveillant. Je tombe un peu de haut, 35 ans plus tard, mais… j’ai enfin compris que ce n’était pas tout à fait la réalité. Je ne crois pas aux bons et aux méchants, je pense néanmoins que tout est vibration et que… ça vibre soit à la même fréquence que toi : ça t’élève, ça te propulse, te nourrie ou bien… ça te draine, t’aspire et te prends toute ton énergie te laissant vide de tout positivisme, créativité et amour propre.

Revenir ne coule pas les gens dans le béton. S’installer ne ligote pas les mains et les pieds des habitants qui payent un loyer ou même une hypothèque. Avoir un chez-soi ne signifie pas que la personne devra travailler durement pendant 50 semaines pour vivre la vie dont elle rêve 2 pauvres petites semaines durant avant de repartir le compteur pour une autre année… Le temps file. Les temps changent, et il est temps de vivre.

Sentez-vous cet élan ? Cette énergie qui nous habite  et qui grimpe et qui grimpe depuis le début de l’année ? (en réalité, l’ascension à débuter bien avant, et plusieurs ont commencés à percevoir et à vivre dans ce mouvement intrinsèque depuis 2010…) Mais 2020 apportera un vent de grands changements. Comme les enjeux climatiques qui eux, sont bien réels et qui doivent voir des actions bien concrètes être réalisées ; nos vies sont entrain de changer aussi. Les gens se lèvent un bon matin puis ils s’éveillent…

Alors pour tout ça, pour ces mots, et ces maux qui sont encore présents dans notre monde, dans notre société, je suis rentrée. Je suis ici, plus consciente et lucide que jamais et je suis prête. A accompagner celui ou celle qui est prêt. Prêt à s’éveiller, à prendre conscience et à vivre la vie dont il rêve.

J’avais un billet d’avion qui n’a pas servi hier soir.

Un siège vide dans cet avion direction Lyon en France qui a probablement fait la joie du passager d’à côté…

Hier soir en rentrant après notre petite balade dans le quartier avec Mila-Jeanne, je me suis vu rentrer dans notre 4 et demi, prendre un sac léger pour nous 2 et filer à l’aéroport. Vous savez… comme dans les films, pace que… Parce que j’aurais pu, si j’avais vraiment voulu. Mais je ne l’ai pas fais.

Et je pense sincèrement que … de ne pas partir, ne pas prendre la poudre d’escampette une fois de plus en m’envolant dans le ciel est la meilleure décision que je pouvais prendre.

Ce sera pour une prochaine fois, car il y en aura d’autres. L’Asie, l’Inde surtout est dans mes pensées depuis plus de 10 ans maintenant et je sens qu’avec ma fille, on explorera ce grandissime pays sous peu. L’Amérique du Sud, l’Indonésie que j’aimerais revoir… Mais en attendant, on va travailler notre terreau familial ; parce qu’après tout, si on veut récolter… il faut commencer par semer !

Bonnes réflexions les amis, bonne introspection et surtout, bon éveil

Avec amour,

Stéphanie

Isle aux Coudre automne 2019: Mila-Jeanne est entrain de boire pendant que je contemple le fleuve St-Laurent

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