Avant que tu arrives…

Avant de t’accueillir parmi nous, je ressens le besoin de faire le point sur ces derniers mois, ces derniers jours depuis notre retour en France. Enceinte de 39 semaines, je me questionne sur qui je suis. Sur ce que j’ai fais. Sur ce qui m’attend dans ce nouveau rôle, cette nouvelle vie que nous allons construire ensemble.

Dans quelques jours, 2 semaines tout au plus, je vais être maman. Et bien que je sois emballée à l’idée de te rencontrer, petite merveille d’être humain que tu es, je suis aussi préoccupée par la suite des événements qui, je l’aurais cru, avaient pourtant été clairement définis…

38 Semaines 6 jours…

Dans les derniers mois, j’ai été tiraillée ; entre mon départ précipité de la France, cet atterrissage forcé au Québec avec plusieurs obligations comme celles de trouver un emploi avant que mon ventre ne soit trop apparent, travailler un minimum De 20 semaines pour pouvoir prétendre au congé maternité québécois, mais aussi trouver un logement, un nid où me poser, me déposer et accueillir mon enfant. La relation avec le papa à distance, les démons du passé encore bien trop présent, ressassant sans cesse de vieux conflits et me plongeant dans un état lamentable et triste. Rien de tout ceci n’a aidé.

Un hiver rude, froid, pendant lequel j’ai été sur le pilote automatique : créer la vie, pendant que j’avais l’impression que la mienne partait à la dérive… Avoir la sensation de ne pas retrouver mes repères, devoir aller chercher le support et l’aide auprès de ma famille, de mes proches alors qu’en temps normal, j’aurais été capable de le faire par moi-même, pour moi-même. Mais pas cette fois… Je n’y arrivais plus.

Je reconnais en avoir chié. Vraiment ça n’a pas été facile ce transit au Québec, cet escale ‘’chez-moi’’ et depuis mon retour en France je réalise bien des choses. Oui, je me suis senti déroutée de rentrer au Québec parce que … une partie de moi avait fuit la montagne. Par culpabilité, par peur. Peur d’être jugée, peur d’être humiliée. Peur de la mort sociale… J’étais terrifiée à l’idée d’exposer mon ventre rond parce que les conflits non résolus reliés à mon ancienne vie de femme mariée refaisaient surface, comme des squelettes dans le placard… J’étais toujours envahie d’un sentiment toxique de culpabilité.

Même au Québec, je ne peux pas dire avoir été la femme enceinte la plus sereine au monde. J’aurais aimé être fière de ces rondeurs, mais la tristesse, la solitude, le fait de vivre ce moment magique sans compagnon m’a vraiment affectée. Aujourd’hui, une chose qui me taraude l’esprit ; c’est encore cette impression d’avoir pris une décision en suivant un schéma inconscient de fuite. Le refus de faire un choix, car faire un choix, c’est en quelque sorte renoncer à quelque chose… n’est-ce pas ? J’ai eu envie de repousser l’évidence ; je n’avais pas envie de choisir entre la France et le Québec, entre ma vie d’avant et celle que je me préparais à offrir à mon enfant.  Aujourd’hui ; je n’ai pas de regret quant au fait d’être rentré accoucher en France. Étrangement, je me sens sereine de vivre cet événement en solo, et les soins médicaux, le contact que j’ai eu ici avec les sages-femmes, médecins, obstétriciens et autres professionnels de la santé ici me rassurent beaucoup. Par contre… depuis que mon père est rentré au Québec, Et bien… je constate ce que c’est que d’être seule, vraiment seule.

 Au Québec cet hiver, je n’avais aucune envie. Aucune motivation. Les activités qui normalement me faisaient du bien et me nourrissaient semblaient soudainement sans intérêt aucun. Je faisais mon travail en semaine, les soirs, l’eau chaude de mon bain me procurait la sensation d’être entourée et enveloppée puis je fuyais dans les bras de Morphée. La fin de semaine, je rentrais chez mes parents en Estrie pour sentir leur amour, leur support, mais aussi pour passer du temps à l’extérieur et avoir la sensation qu’on s’occupait de moi vraiment. J’avais mes copines, toujours prêtes à venir me rendre visite, à organiser des activités et à passer des heures au téléphone.

C’est vrai qu’au Québec, malgré la tristesse que je ressentais face à mes relations conflictuelles avec les hommes (le papa et mon ex compagnon), je me suis senti aimée, appréciée, supportée. Au travail, auprès de mes amis, mais aussi auprès de mes parents avec qui j’ai pu renouer des liens forts. Depuis que je suis rentrée en France ; je réalise que malgré quelques amitiés ici et là, je passe le plus clair de mon temps seule. Quand il est question de sortir dehors  pour humer l’air, profiter et croiser des gens… je ne me sens pas sereine, comme si je ne me sentais plus chez-moi dans cet endroit qui me rappelle sans cesse le passé. Et pourtant, dès mon arrivée, j’ai été sollicité pour des cours de yoga, j’ai revu des gens souriants rempli de belles attentions et de bons mots à mon égard… mais il y a également un vide énorme, un certain malaise et je ne sais pas si je vais arriver à surmonter tout cela. En fait, je ne suis plus certaine d’en avoir envie. Comme si une partie de moi réalisait enfin que… je n’étais pas obligé de toujours être  la plus forte… Que je n’étais plus obligé de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit…

C’est comme si une partie de moi (probablement celle qui devient maman à l’instant même où l’on se parle) avait réalisé, avec un peu de recul depuis les mouvements récents dans ma vie, l’importance et la place qu’occupe la famille et les proches quand on devient parent à son tours.

Oui on m’a menacé cet hiver. On m’a mis en garde par rapport au fait que je n’étais pas la bienvenue ici et que je devrais me méfier si j’osais remettre les pieds à l’Alpe d’Huez ! Comme quoi, quand on habite à la montagne on pense être au dessus de tout et on croit pouvoir faire sa propre loi envers et contre tous. J’ai refusé de me laisser intimider de la sorte. C’est complètement inutile de menacer les gens. Mais ce n’est pas anodin pour autant… Donc je suis ici, je suis revenu, parce que je le peux, parce que rien ni personne ne peut choisir à ma place ce qui me convient, et ce que j’ai le droit où non de faire, sauf peut-être une force plus grande que nous, les lois de la nature, la vie ! Mais… je réalise à quelques jours seulement de la naissance de mon bébé que… en fait, ce petit jeu a assez duré et surtout, je réalise que j’ai le droit moi aussi, d’être heureuse, d’être aimée et respectée. Vraiment. Je ne suis pas obligé de continuer de me faire payer une dette reliée à mon passé… Je suis responsable; il n’en tient qu’à moi.

 Je réalise que… malgré la tristesse, la solitude et mon état avancé de déprime cet hiver, mes parents, mes copines et même mes collègues ont eu un impact positif sur moi pendant cette transition vers le rôle de mère. Et je pense que c’est ça, l’essentiel. S’aimer soi-même, s’entourer de gens bienveillants qui nous apprécient vraiment et qui nous permette de se choisir soi. Décider d’avancer, en laissant derrière ceux qui choisissent de haïr, de juger et de ternir les autres. C’est être assez mature pour reconnaître que parfois, l’égo n’a pas besoin d’être assouvi pour que l’on se sente bien. Il faut savoir miser sur autre chose ; la confiance en soi, en la vie, le pardon et l’acceptation de ce qui est, de ce qui n’est plus, mais surtout… de ce qui ne sera jamais.

Maintenant que je sais que le père ne sera pas présent dans l’éducation de ma fille, je réalise que cette petite loupiotte a aussi droit à une famille. Bien sûr, il y aura moi, sa maman… mais qu’adviendra t’il de ses relations familiales si nous restons ici? Qu’adviendra-t-il de ses relations avec ses grands-parents, mon frère qui sera son tonton, et mon filleul, son seul et unique cousin… Sans oublier la ribambelle de taties (mes superbes copines) qu’elle ne verra que très peu, une ou deux fois par an tout au plus si nous demeurons dans les Alpes. Je pensais que la vie avec une vue sur les montagnes serait plus zen, plus sereine, plus optimale pour moi et pour ma fille, mais l’enfant en moi qui se retrouve seule devant ces cimes enneigées n’a qu’une envie; rentrer près des miens là où je peux être moi-même, là où je peux encore fleurir, m’épanouir et élever ma fille…

Et si l’essentiel c’était les gens qui nous entourent, notre communauté, notre cercle et l’amour qu’on y retrouve ?

Oui la France est en Europe et nous pourrons voyager plus facilement d’ici… mais il y a tellement de beaux espaces verts que je n’ai pas encore découvert au Québec… et il y a tellement de possibilités peu importe l’endroit où l’on décide de s’installer. Oui j’ai horreur de la banlieue de Montréal et la ville ne m’a pas vraiment charmé cet hiver, mais… je pense que n’importe quel individu qui quitte les Alpes françaises et qui atterrit dans le métro de Montréal en plein hiver aura besoin d’un sérieux temps d’adaptation… et ce serait naturel qu’il aient des idées noires.

J’ai tiré un trait sur le Sri Lanka car le papa ne m’a offert aucun support moral et aucun intérêt pendant ma grossesse. J’aurais eu besoin d’une présence, ne serait-ce que morale ; quelqu’un qui me dise que tout irait bien, et que j’étais capable de surmonter cette épreuve (même si je savais déjà tout ça au fond de moi…) J’aurais eu besoin qu’on me dise ‘’ je t’aime, tu es magnifique, je suis fière que tu sois la mère de mon enfant’’… mais ça ne s’est pas passé comme dans mon idéal.

J’ai préféré couper court plutôt que d’éterniser ce qui était rendu à mon sens comme l’évidence même.

Avec du recul, je constate que pour fuir le dédale de mes pensées, pour éviter de plonger au sein de mon abîme personnelle, de douleur, d’échecs et de souffrances… Je pars sur un projet, sur une idée et j’y consacre tout mon cœur, tout mon temps. Quand je suis dans l’organisation, la planification, je n’ai pas le temps de ressentir. Je suis dans l’attente de la suite, comme si… une fois que ceci ou cela sera fait, je pourrai me poser enfin, vivre et être heureuse…Mais à chaque fois, c’est la même histoire. Le retour de l »ascenseur.

A l’aube de l’arrivée de ma fille, je réalise que ce mode de vie… n’est plus. Il n’est plus fonctionnel, il n’est plus viable. Il est maintenant venu le temps de cesser de courir dans tous les sens à la recherche du bonheur. Le bonheur, est là, tout simplement. Il est fait de petits moments, d’échange, de partage avec ceux qu’on aime. Mon chat a failli mourir récemment… et ça m’a rentré dedans. Ça a fessé fort parce que… c’était le lendemain du départ de mon père ; je me suis retrouvé seule dans ce petit appartement à la superbe vue, mais avec la sensation que l’on m’arrachait le cœur à froid… Personne autour de moi pour me prendre dans ses bras, personne pour me rassurer, me consoler. Et si demain c’était mes parents ? Mon frère ? Une amie ? Ce jour là, j’avais rendu visite à mon ancien employeur et la façon avec laquelle j’ai été reçu m’a fortement contrarié. J’ai réalisé ce jour même que tous le monde n’était pas ouvert aux autres et que… la vie était peut-être entrain de me montrer un autre chemin… Une autre voix plus en accord avec qui je suis et ce que j’ai envie d’être, ce que j’ai envie de partager avec le monde dans lequel j’évolue.

Je sais que… cet endroit est spécial à mes yeux, à mon cœur. Quand je n’y suis pas, j’en rêve, j’y pense souvent… mais quand j’y retourne, c’est comme si… rien n’avait changé et que… tout était resté figé dans le temps. Est-ce que c’est parce que cet endroit me rappel des moments de ma vie d’adulte ? Des choses sur lesquelles j’ai vraiment du mal à tirer un trait ? Mon mariage ? La rupture… les sensations fortes vécues ici… Les moments doux, calmes… Les souvenirs de nous deux…

Peut-être… Mais revenir ici pour être près de quelqu’un qui ne souhaite pas réparer les erreurs du passé, c’est  en quelque sorte s’accrocher de toutes ses forces, alors que … lâcher-prise serait plus sage et salvateur.

Je suis prête. Peu importe ce qui nous attend ma fille, car je sais que nous serons ensemble.

Je t’ai déjà fais découvrir un éventail d’émotions et de sensations toutes plus humaines les unes que les autres… Maintenant, j’attends ce fameux jour avec impatience, celui qui marquera à jamais ta venue dans ce monde. La vie n’est pas toujours facile, elle est parfois violente, dure et on ne sait jamais ce dont l’avenir nous réserve ; mais je sais une chose ; l’amour est ce qui nous uni et nous rend plus fort, c’est ce qui nous nourrit et nous donne la force de se battre, de continuer et d’apprécier chaque instant.

C’est quand tu veux ma chérie. Maman t’attend. Maman est là. Je te vois, je te sens. Je t’aime.

Please follow and like us:
0

2 Replies to “Avant que tu arrives…”

  1. Joli article… Vas-tu rentrer au Québec ?

    1. Stephanieyogalove dit : Répondre

      Merci Clem pour ton commentaire!
      Bonne question… Je vais commencer par laisser ma petite fille naître, vivre un jour à la fois avec elle; l’avenir nous le dira <3 A suivre! Bonne journée!

Laisser un commentaire