Un hiver au Québec

Assise devant mon écran, face à la fenêtre qui donne sur la rue de Cuvillier dans le quartier Hochelaga Maisonneuve, mon regard ère à l’extérieur. Les quelques flocons qui tombent recouvrent doucement le sol d’un manteau blanc. Les habitants déneigent de peine et de misère leur voiture, le facteur déambule avec le courrier… Les appartements cordés en rang d’oignons sont là, immobiles, comme s’ils avaient été figés dans le temps depuis mon dernier passage dans le quartier 5 ans auparavant. Leurs escaliers en colimaçons se recouvrent de neige rendant l’accès à chaque logement comparable à une épreuve digne du Fort Boyard !

Je suis au Québec depuis l’automne dernier. J’ai quitté l’Alpe quelques semaines seulement après mon retour du Sri Lanka. Je suis passé en Oisans… Comme un coup de vent ! Fidèle à mes habitudes.

L’avion a décollée de Lyon le 16 octobre dernier et le jour même, a atterrit à Montréal laissant derrière les cimes de l’Alpe d’Huez, à cette époque déjà recouvertes d’une mince couche de neige.

Plusieurs raisons ont motivés ce mouvement, ce choix. Aujourd’hui, avec du recul, j’arrive à discerner derrière cette décision la peur ainsi qu’un nouvel instinct qui se mettait en place. Celui-ci qui m’était à ce moment, encore inconnu … Certaines d’entre vous le reconnaitront peut-être. Je parle de celui qui accompagne toute femme qui porte la vie en elle pour la première fois…

J’ai eu besoin de prendre du recul, de sortir de cette routine de va-et-vient qui durait depuis maintenant quelques années. Entre les Alpes, le Sri Lanka, et le Québec… je revenais en sol familier. Sans trop savoir combien de temps je tiendrais en place, mais avec la ferme intention de tenter le coup : essayer en vain de m’installer, de poser mon sac et de défaire mes valises.

Vous savez, dans les films, dans les récits, les gens ont des sous qui tombent du ciel, ils ont des résidences secondaires aux quatre coins du monde, ils sont toujours beaux, en forme et heureux ! Et bien… pour ma part, l’arrivée en sol québécois fut des plus réalistes. Frappante réalité même ! Mais… C’est dans ces moments charnières de mon existence que je réalise combien je suis bien entourée ; ça me ramène à l’essentiel : Le monde ! Les gens, nos relations ! La famille, bien entendu, mais aussi les amis, qui sont tout compte fait, la famille que l’on choisit !

La vie n’est pas rose, mais elle est comme elle est et je crois fermement que nous sommes exactement là où nous devons être. La fin de 2018 m’a poussé à ralentir, à me poser les bonnes questions, mais aussi à faire le point sur ce que je souhaitais voir changer dans ma vie en 2019 ; tirer un trait sur la passé, tourner certaines pages, non pas par choix, mais parce qu’il le faut si on veut avancer.

La question de rentrer vivre au Québec s’est alors posée. Et elle était une évidence à priori. Puis la réalité s’est mise en place. Démarches administratives pour récupérer mon assurance maladie au Québec, recherche intensive d’un boulot ‘’stable’’ afin d’assurer la survie de ma ‘’future famille’’, recherche d’un logement à Montréal parce que… Il était hors de question d’habiter en banlieue ! Ça faisait déjà assez de changement en même temps ! Entre temps, j’ai passé du temps chez mes proches, puis quand j’ai finalement commencé à bosser, j’ai emménagé chez une copine qui m’a chaudement ouvert son nid familiale en attendant que je trouve à mon tour un appartement digne de ce nom. Nouveau rythme : train, boulot, dodo. Entre temps, début du suivi de grossesse, adaptation à un nouveau cercle professionnel, nouvelles amitiés, nouvelles relations. Beaucoup de nouveauté, mais beaucoup de sentiments de déjà vus… Comme si je revenais en arrière, mais que je ne m’y retrouvais plus.

En 3 semaines j’avais trouvé un boulot, jamais je n’aurais cru aussi difficile la tâche de trouver un logement. 2 mois et demi après mon arrivée: aucun appartement à l’horizon. Un constat quant à l’augmentation du coût de la vie depuis mon dernier passage au Québec en 2012-2013. Finalement, après quelques déceptions, c’est grâce à une copine que j’ai pu élire domicile dans le quartier de Hochelaga Maisonneuve au début janvier. Une sous location. Une fille qui comme moi, ne savait pas trop de quoi serait fait son avenir… Une entente basée sur la confiance respective avec en prime, la garde d’un Rex, un chat sans poil contre un pied à terre en ville ! Idéal pour poser mes affaires, et me retrouver seule avec moi-même sans pour autant signer un bail. Un trajet direct sur la ligne verte du métro de Montréal, 60 minutes de déplacement plutôt que 3 heures depuis la banlieue pour me rendre sur mon lieu de travail…

Mais après plus de 3 mois à vivre entourée de sa famille et de ses amis, de n’être jamais seule… jamais vraiment chez soi… Je peux vous dire que l’emménagement fut des plus étranges. Quelques jours avant, en fait, 10 jours précédant le jour J, j’avais déjà commencé à sentir que quelque chose ne tournait pas rond. J’étais dans tous mes états. Hormones de grossesse peut-être, mais ceci dit, un passage de l’année 2018 à 2019 difficile. Je ne savais juste pas encore ce qui m’arrivait et pourquoi j’avais l’impression que ce qui se déroulait sous mes yeux n’était pas en accords avec mon être. Puis quelques jours ont passés, je me suis réfugié chez mes parents le soir même de l’emménagement, je ne pouvais me résoudre à passer cette première nuit en solo, toute seule avec mon bidon… Après que tous mes cartons aient été déposés dans ce nouveau lieu de vie, j’ai préféré rentrer en Estrie auprès de mon père, qui s’est avéré être un véritable pilier dans ma vie depuis mon retour. Sa sagesse, son oreille, ses bons conseils, la façon qu’il a de m’écouter sans me juger et de me faire confiance… J’ai pu me reposer sur lui ce dernier weekend. Parler, me confesser, grandir… et surtout, prendre confiance, confiance en moi et en cette sensation qui m’habitait.

5 jours plus tard, au lever, j’ai su. J’ai su que je n’avais pas envie de tout cela. Mais plus important encore, j’ai compris que c’était de là que découlait cet inconfort ressentis plusieurs jours auparavant et qui prenait une allure de crescendo pendant que je continuais à le nier.

La perfection n’est pas de ce monde. Certaines situations, certains contextes sont idéals aux yeux de certains alors que pour d’autre, c’est complètement l’inverse.

Le fait d’être en mesure de réaliser que je suis passé à autre chose, et que ce lieu de vie que j’ai longtemps continué d’appeler maison ne résonne plus comme tel en dedans… Le fait d’être en mesure de reconnaître cela, et de l’accepter. Ca m’a libéré. Ça m’a permis de retrouver mon équilibre mental et émotionnel, mais surtout, ça m’a permis de comprendre pourquoi j’étais là et pourquoi les choses s’étaient déroulées comme tel depuis le mois d’octobre.

J’ai souvent eu la mauvaise habitude inconsciemment de croire que tout serait mieux une fois l’obtention de ceci ou de cela. Mais cette fois, c’était différent. Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais la conviction profonde pour une fois dans ma vie, que ce qui comptait, ce n’était pas de trouver un boulot ou un logement (bien que j’y sois arrivée). Non. Je sentais que ce qui importait réellement depuis mon retour, c’était l’échange et le partage avec les gens de mon entourage. Ma famille, mes amis…   Ma communauté.

‘’Tout ça pour ça !’’ Certain diront ! Eh oui ! Et vous savez-quoi ? Je suis heureuse. Je n’ai aucun regret. Je suis contente d’être traversé de ce côté de l’océan Atlantique car j’ai mis en place une fondation solide pour mon futur proche avec bébé. Ce retour aux sources m’a permis de renouer avec les miens, de tisser des liens plus solides et de vraiment apprécier qui ils sont.  Ce mouvement m’a aussi permis de ressentir une très grande gratitude à l’égard des gens que j’aime et qui me supportent, qui m’aident à aller de l’avant en me faisant confiance et en ne me jugeant point. Finalement, ce retour au bercail m’aura permis de retrouver cette confiance en moi, cette confiance absolue en la vie. Il n’y a rien qui arrive pour rien. Je l’ai toujours su, mais parfois, on s’éloigne de son chemin ; on doute, on laisse la peur gagner du terrain.

Maintenant, le fait de reconnaître ce qui m’habite et de l’accepter me permet d’envisager une suite complètement différente pour bébé et moi… Tout cela me permet d’apprécier le moment présent à sa juste valeur.

 Certains diront : ‘’mais alors pourquoi s’éloigner de ceux qui t’apportent tant ? Pourquoi partir loin et seule ?’’ C’est une bonne question.

Mais vous savez, bien que nous soyons tous seuls sur notre propre chemin, on ne l’est jamais complètement. Partout où je suis passé dans ma vie, à travers mes expériences d’expatriation, entre la France, le Québec et le Sri Lanka, j’y ai rencontré des personnes extraordinaires. Ma communauté est simplement internationale ; et je sais que je serai bien entourée à mon retour en France puis lorsque j’irai retrouver le père de mon enfant…

En attendant, j’en suis à 6 mois et demi de grossesse ; il neige encore sur Montréal. Je savoure cette après-midi à la maison. J’écoute de la musique, je vais dérouler mon tapis un peu plus tard pour étirer mon corps et partager un moment doux avec bébé. Encore quelques semaines de boulot avant le congé maternité. Puis le début de nouvelles aventures en vue d’accueillir la venue de cette petite personne dans mon existence ! 2019 sera rempli de nouveauté, de changements, d’enracinement et de nouveaux projets de vie !

Je vous embrasse, où que vous soyez, qui que vous soyez ! Suivez votre cœur !

 

 

 

 

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