Le regard du voyageur

Montréal, 7hrs du matin; j’ouvre les yeux. Dans les draps couleur sable de mon Bnb, je me tortille et m’étire. La fenêtre est entre-ouverte. Une femme s’exprime en langue étrangère; elle chiale, ou du moins, exprime son mécontentement à quelqu’un que je devine être son conjoint. J’entends les oiseaux qui chantent, les avions dans le ciel, les voitures au coin de la rue… La lumière du jour est blanche, tout comme les murs et les rideaux dans la petite chambre où j’ai atterris pour quelques jours.

J’ai les yeux qui piquent, je ne me suis pas démaquillé hier soir avant d’aller au lit. Trop fatiguée, et lasse. Perdue dans un tourbillon, à travers un milliard d’images, de projections mentales et de pensées.
Mais en même temps, je me sens mieux ce matin; neutre, et à quelque part, bien.

J’étais contente de rentrer au Québec l il y a bientôt une semaine et demie, mais après 9 jours au bercail, j’ai la tête pleine d’images et le cœur mélancolique.

Et si je revenais? Et si je défaisais ma valise?
Après tout… c’est chez-moi ici
Mais qu’est-ce que ça veut dire ça  » chez-moi »?

Ma famille, mes amis sont dans le bout. Bon ok, pas tout à fait puisque les aléas de la vie ont fait en sorte que nombreux d’entre eux se sont installés en banlieue.

Moi aussi j’ai habité à l’extérieur de Montréal quand j’étais adolescente, mais après avoir fait le saut… après avoir traversé les ponts, j’ai du mal à imaginer ce que pourrait être ma vie si je revenais au Québec sans m’installer sur l’île de Montréal.

Je suis parti, revenus puis repartis. Entre temps j’ai bougé ailleurs, découvert le Sri Lanka et j’ai souvent sentis que même en France, je n’arrivais pas à défaire ma valise, mon baluchon.
Entre les sommets enneigés, le béton, les plages et les palmiers, je suis partie un jour non pas pour trouver mon identité, mais pour me rappeler… Puis avec le temps, et un peu plus de tampons dans mon passeport, j’ai trouvé…

Quand je rentre au Québec, j’ai souvent cette drôle de sensation qui m’habite. Parce qu’après tout, sans faire de vagues ni de constat, je ne fais qu’être là le temps d’un instant; comme l’observatrice, qui vit à travers ce qu’elle voit: je regarde les gens avancer; certains plus vite que d’autres, comme si la vie était une course contre la montre. Puis je repars, je saute dans un avion puis dans un autre. Je traverse les parallèles à fréquence surélevé, à vitesse grand V, en faisant fi de ces espaces temps revus et corrigés. Les sourires demeurent les mêmes, il y en a de nouveaux qui s’ajoutent. Les yeux se remplissent parfois d’eau, les cœurs émus par ces vestiges d’amitié et de liens tissés par le passé qui auraient pu déboucher sur un quotidien partagé… Mais à chaque fois, c’est la même. Je roule mes vêtements, je plie bagage, et je repars. Peut-être par peur d’arrêter, par peur de ne plus rien ressentir. Ne plus m’ennuyer, ne plus me projeter… Ne plus réfléchir et voir la poussière retomber. Comme la boule de neige en verre: le plaisir dans tout ça, c’est quand les flocons volent, qu’ils sont partout à la fois… Parce que quand ils retombent, c’est terminé, on remet la boule à sa place, on l’époussette, puis on l’oublie…

Cette sensation qui m’habite quand je vole; comme si tout était possible, comme si j’étais complètement libre d’aller où bon me semble, de faire ce qu’il me plaît… Parfois, je me demande à quoi ça rime et pourquoi tant de gens que j’aime ont fait des choix différents.

Cette envie de bouger sans cesse m’a au fil du temps éloigné de ceux que j’aime. Elle m’a par contre permis de me rapprocher de moi-même et de cette identité tant convoitée. Avec du recul, je peux affirmer savoir qui je suis, et souvent, je pense que c’est ce qui m’effraie le plus dans ma vie. Reconnaître la différence, ressentir ce grand vide au fond de moi et donc, poursuivre ma route pour remplir celui-ci de nouvelles images, de nouvelles rencontres.

On m’a souvent dit que la pomme ne tombait jamais bien loin de l’arbre et comme mes parents, j’ai hérité de ce goût du voyage, de cette flamme au creux de ma poitrine qui me pousse à aller de l’avant même quand rien ne bouge, quand tout se fige. Allez de l’avant, au sens propre; ça j’arrive bien à le faire; allez de l’avant au sens figuré, c’est un peu plus compliqué. Tourner les pages, clore des chapitres, avancer sans nécessairement bouger. Mais tout est tellement relatif car évoluer ne passe pas nécessairement par la case enfant, famille, chien et maison. C’est un concept comme un autre et il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises expériences, il n’y a que des expériences.

Dans le dédale des mes idées, me voilà tout de même apaisée; parce qu’arriver à coucher ces mots sur papier me libère et me nourrit et c’est souvent comme ça que j’arrive à accepter qui je suis.
Loin d’être parfaite, je réalise que cette envie soudaine de me poser et de défaire ma valise occupe chaque jour un peu plus mes pensées. J’aimerais bien y croire, mais pour l’instant je laisse cette idée germer. Je la laisse prendre racine et peut-être, qui sait, elle fleurira d’elle même, arrosée par de nouveaux projets, rêves et aspirations.

Gens du voyage, nomades, passagers, nous sommes tous, chacun à notre façon, des voyageurs. Je continue mon chemin en mettant l’emphase sur moi; en acceptant ceux qui pensent différemment et pour qui c’est difficile de ne pas juger l’autre, celui ci nage à contre courant. Dans tous les cas, la vie est un long voyage et au bout du compte, tous le monde s’en iront loin. Pour ma part, j’ai juste envie de vivre ma vie. Comme bon me semble. Profiter du moment présent. Et oui, bien que j’ai envie d’avoir une maison, un jardin et être maman, je reste optimiste et je me dis que si c’est fait pour moi, ça viendra, chaque chose en son temps.

Ce n’est pas parce que quelqu’un vit différemment, qu’il juge ou déplore les modes de vie opposés au sien. Ça veut juste dire que chacun suit un parcours qui lui est propre et qu’au final, il faut vivre… mais surtout, laisser vivre!

Montréal; 9h30 du matin.

La ville est réveillée; la fille aussi. Allumée même. Ecrire me fait du bien, penser trop, moins. Je vais laisser les effluves de café et de bagel me titiller et sortir un brin, histoire de profiter de cette belle journée! Pas trop loin d’Outremont et du Mile-end, et malgré un genou un peu fatigué, je vais y aller doucement et laisser mon instinct me guider.

Je vous souhaite une magnifique journée, où que vous soyez! Fermez les yeux, rêvez grand et soyez qui vous voulez être…

namaste

 

 

 

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